Les hauts parleurs du boulevard du front de mer, ne diffusaient plus la musique guimauve un peu crin-crin.
L'animateur criait aux surfeurs de sortir de l'eau.
Le plus vite possible...
Des gens au bas de la plage les pieds dans l'eau des derniers ressacs faisaient de grands gestes de bras comme des sémaphores désarticulés.
Ils voulaient prévenir les jeunes que le danger les guettait.
On voyait les gars allongés sur leur planche ramer ferme pour revenir vers la plage.
Des scientifiques avaient prévenu; "Plus vous vous éloignerez du sable de la plage, plus les courants seront forts et violents. Il existe un risque non négligeable, qu'ils vous entrainent très loin, trop loin".
Un homme en uniforme foncé, sans doute un policier tentait, semble-t'il de repousser les spectateurs vers le front de mer.
Six autres policiers sont venus pour l'aider. A grand coups de sifflet, avec des cris et des mouvements brusques ils ont forcé les gens à monter sur la chaussée du front de mer.
Il restait quelques silouhettes sur le sable, les compétiteurs qui étaient sortis de l'eau. On ne voyait plus que cinq ou six surfeurs qui regagnaient la plage.
Il y avait des cris des exclamations, des pleurs... La lumière du jour partait vite et augmentait le sentiment de peur, d'oppression.
Dans les hauts parleurs la voix de l'animateur a annoncé que "les autorités compétentes sont en train de compter les surfeurs et de déterminer exactement ceux qui étaient portés disparu"... sans doute mort.
Les gens se serraient les uns contre les autres. Ils étaient rassurés d'être groupés.
Puis les "autorités" qui avaient procédé au comptage des surfeurs rescapés sont venus vers la foule, accompagnés des rescapés.
Il y a eut un grand cri! Une jeune femme s'est effondrée!
Elle s'est mise a pleurer, à grands spasmes de sanglots ...
"Je me doutais que c'était risqué! Mon compagnon a disparu!"
Son amoureux faisait partie de ceux qui ne reviendraient jamais sur le sable de cette plage.
Une femme tres gentille a aidé la jeune fille a s'asseoir, un policier lui a proposé à boire....
"Personne ne peut comprendre que ma vie est finie" , "nous étions si amoureux", ... le passant, la passante ne peut comprendre le désespoir immédiat et la solitude effrayante de cette jeune fille.
Déjà elle regrette cette époque où il existait de l'espoir, de l'avenir...
Jeune et belle, elle portait un maillot. Assise là au milieu des ses pleurs et de son chagrin infini, elle faisait pitié....
Deux heures plus tard, les forces de l'ordre sont venues pour demander aux spectateurs, aux compétiteurs de rentrer chez eux.
Ils ne pourraient pas cette fois étouffer le drame. Parce que les causes étaient graves, très graves....
Les scientifiques avaient prévenu, mais faut-il toujours écouter les scientifiques lorsqu'on est jeune et plein de dynamisme?
Si les organisateurs les avaient écouter il n'y aurait pas eut de disparus.
Maintenant ce drame révélé au public sera une bonne chose. Toutes les fédérations sportives, tous les humains qui auraient voulu faire des activités par ici s'en abstiendront. C'est certain....
Gwendo,la jeune fille en pleurs restait là abasourdie, anéantie...
Organiser une compétition de surf juste au bord de la terre plate là où les eaux rencontrent le vide immense était irresponsable.
Il était évident que des jeunes aventureux iraient trop près du bord et qu'ils chuteraient dans le vide inconnu.
........vous me direz que c'est peu élégant de faire ce genre de mauvais canular, d'y mêler une jeune et jolie jeune femme, surtout de faire disparaître son amoureux.
Rire avec la mort en ces temps déraisonnables n'est pas subtil pensez vous...
Mais je n'en suis pas responsable.....
Chacune et chacun connait cet avertissement " Toute ressemblance avec des personnes ou des faits existants ou ayant existé est purement fortuite".
Les lecteurs savent cela.
Alors quand Gwendo est venue; vêtue de son maillot, un paréo noué autour de la taille, un sac en sautoir sur l' épaule je lui ai dit bonjour.
Son compagnon portait sa planche sur l'épaule, je ne sais pas même à quoi il ressemblait.
Elle savait, lui aussi qu'ils prenaient des risques.
Ils ont voulu entrer dans les lignes, se faufiler dans les interstices des mots ....
C'est pas de ma faute si elle pleure encore, si il est tombé dans l'abîme.
Ils se sont imposés dans mon histoire. Ils n'ont pas pu en sortir.
Je leur ai fabriquer un destin.
Toi qui lis ces lignes, s'il te plaît, fais moi plaisir.
Regarde bien où tu pose les pieds. On est vite entrainé dans une triste histoire .....
M.J
JEAN DULAC