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Je suis souvent passé  en coup de vent par Casa.

J'ai quitté la ville en 2006, quand je revenais c'était pour un bref séjour. Mon beau frère venait me chercher à la gare, je passais la nuit chez lui. Je jouais avec les enfants.

Mes obligations faites, je repartais.

Puis un jour, j'avais un peu de temps, je me suis promis d'aller me promener dans le centre ville.

J ai retrouvé le boulevard MV, les arcades, les vitrines des magasins, les cafés....

Puis je suis arrivé au marché central. J'y suis entré, pas par la grande porte devant l'hôtel Lincoln.

Je suis entré par la petite porte qui est à l'angle de la rue et du boulevard. Quelques marches et je suis arrivé devant l'étal des marchands de légumes.

A droite il y a une porte obstruée par des grandes palettes, des cartons.

Pas très loin, il y a un monsieur un peu âgé, assis sur une chaise. A ses pieds un petits garçon joue avec un grand camion rouge. Il le fait rouler sur un trottoir de ciment en faisant des "vroummmm", "vroummm" tonitruants.

Je me penche vers le vieil homme;

- Bonjour Monsieur, excusez moi. Ici dans ce local qui est fermé, il y avait un grand père qui épluchait des oignons. Tous de la même taille, il les mettait par cinq dans un long sachet de plastique.

- Vous savez, c'était il y a longtemps. Vous devez comprendre qu'il ...

Le gamin hurlait des "vroumm, vroummm"

- Merci Monsieur. Oui rien d'étonnant. Merci bonne journée.

Je suis parti dans la ville. Vers la place de Verdun il y avait un snack qui proposait des très bons sandwichs...

J'étais un peu triste que le grand père aux oignons soit décédé.. Je lui en achetais de ses oignons. Je les faisais macérer dans un mélange d eau, de sel et de vinaigre. Peut-être un peu de sucre, je ne me souviens plus.  

La journée finie, j ai pris le tram jusqu au domicile de mon beau frère.

Mhoucine m'a téléphoné. C'est un ami de longue date.

J'ai accepté de le rencontrer le jour suivant. Il me fallait aller vers la campagne au sud de la ville.

J'ai dû me tromper. Je ne trouvais pas le lieu du rendez vous. Mhoucine devait râler de m'attendre.

Puis , j'ai entendu une musique étrange, une musique de fête foraine.

Je me suis avancé. C'était peut-être là que je devais me rendre.

Il y avait une pelouse très jolie, régulière. Et un peu plus loin des baraques, des stands, des étals...

Très intrigué, je me suis avancé.

Il y avait des acrobates que des enfants regardaient avec de grands yeux.

Il y avait bien d'autres événements magiques, colorés.

Un gamin est venu vers moi,

- Monsieur vient m'aider à faire un moulin.

Difficile de refuser une telle invitation; un moulin....

Le garçon m'a précédé au bord d'un petit ruisseau. Il avait des petits bâtons, de la ficelle, un bout de fils de fer, une panoplie de bricolage d'enfant.

Puis caché par une haie de buissons, derrière un étal se trouvait le grand père aux oignons.

Je l ai regardé pour bien être certain de sa réalité.

Oui, c'était bien lui.

Je me suis approché.

- Bonjour. Monsieur je suis heureux de vous voir. Il y a quelques années je vous achetais des oignons lorsque vous étiez au marché central.

- Oui. Bien sûr! Le marché central. Mais voilà j'ai décidé de changer de travail.

Décidé, et pas décédé...., le gamin avec ses "vroummm, vroummmm" m' avait brouillé le message.

Le grand père n'était pas décédé, il avait décidé de changer de boulot.

Il m' a expliqué qu'il avait économisé beaucoup de son enfance pour l'utiliser quand il aurait pris de l'âge.

Maintenant, il offrait des sourires, de la joie et s'il le pouvait du bonheur.

C'était un travail très prenant, il nécessitait beaucoup de disponibilités, et du calme....

J'étais étonné! Il y avait un peu plus loin, un morceau de nuage de pluie. Des enfants couraient sous la pluie puis s'arrêtaient et riaient aux éclats.

A l'écart sous un morceau de nuage plus haut et plus grand un couple se tenait debout. L'homme avait passé son bras autour de l'épaule de la fille. Elle avait posé sa tête sur l'épaule de l'homme. Il tenait un parapluie de sa main libre. Ensemble ils regardaient vers l avenir. Cela leur permettra d 'éviter les écueils lors des étiages et les rapides dangereux lors des crues de la vie.

La vie parfois apporte des événements imprévus. Elle  est dangereuse la vie; je ne connais personne qui en soit sorti vivant.

- Monsieur, monsieur ... Le petit garçon qui voulait un moulin m'appelait.

- Oui

- venez écouter...

Je voyais des gens et des enfants qui faisaient des bulles de savon..

En m'approchant j'ai compris... Lorsque les bulles de savon éclataient elles libéraient une note de musique..

Ce n'était pas un brouhaha dissonant...

Les notes s'ajustaient; parfois aigües, dansantes  en  farandole de tambourinaïre, ou plus graves comme une barcarolle....

Ou plus exceptionnel; comme ces rythmes agités d'agiles mains de gitans sur des guitares habitées. De ces rythmes fous de fin de nuit que jouait mon ami Ricardo....

Le petit garçon qui voulait faire un moulin a compris, je ne sais comment, que je pensais à un ami décédé, il m'a dit;

- Monsieur, ici tu sais les étoiles ne pleurent pas.

C'était pour le moins étonnant comme affirmation

Le grand père aux oignons est venu près de moi:

- Je vais te dire.Les humains sont contraints, tristes et inquiets. C'est triste. Ils ignorent que le temps n'existe pas. C'est comme l espace. Si il n'y a pas de déplacement dans l'espace comment mesurer une durée??

Bien sûr le temps de la vie est compté. Parce que les gens ne pensent pas a économiser des longs morceaux  d'enfance. C'est bien dommage, Très dommage. Ils croient les gens qu'il ne leur reste toujours que du passé. Pour prendre l'avenir ils sont bloqués entre l'espérance et le doute absurde et infâme.

Economiser des morceaux d'enfance.... comment faire. Déjà le grand père aux oignons était parti regarder le moulin du petit garçon.

Ce moulin tournait au gré du courant du petit ruisseau. En tournant il fabriquait des rêves joyeux et des voeux de bonheur.

Il y a eut le cri d'un oiseau de nuit.... Bizarre en cette journée étrange.

Au bout du chemin j'ai vu Mhoucine. Il est venu vers moi.

- Salut . Comment va tu??

- Ca va, ca va ... J'ai dû m'assoupir sur ce banc en t'attendant.

- La chaleur sans doute. On y va???

- Je ne sais pas où tu veux m'enmener mais je viens d'un pays très chouette, très heureux....