La maison des grands parents.
J'étais en Afrique de l'ouest, je travaillais; médecin membre d'une organisation internationnale.
J'ai reçu un sms de ma cousine Madeleine; "La cousine Emilie est décédée. Les jeunes voudront vendre la maison"
Du coup j'étais rentré en métropole. J'avais retrouvé le petit logement qui me servait d'adresse et de lieu de repos.
Le lendemain de mon retour Madeleine avait téléphonné.
- Je te réveille pas Jaquitou. (Elle était le seule a m'appeller encore par ce diminutif)
- Non je suis réveillé, Un peu perdu avec le décalage horaire, mais ça va.
- Demain je viens te chercher vers 8H le service religieux a lieu a 10H Il nous faut le temps de monter là-haut.
- Dis moi c'est quoi cette histoire de vendre la maison?
- Tu sais les "jeunes" ils ne veulent pas assumer les charges d'entretien et de maintenance de la maison des grands parents. Demain après l'enterrement, il y a une sorte d'assemblée générale pour déterminer comment la maison sera vendue.
- Pétard! Ils perdent pas de temps ces gens là.
Il y a eut dans la famille une césure. Le père de Madeleine et le mien étaient frères. Né en 26 et 27; 1926 et 1927, ils avaient été séparé de leur père durant sa captivité de1941 à 1945. De retour des camps mes grands parents ont eut des jumeaux. Mon père et celui de Madeleine les appelaient "les jeunes". Ils avaient 20 ans quand les "clones" sont nés. Ils n'ont donc pas vécu de vie de famille.
Cela a créé une séparation dans la famille. Madeleine, sa soeur, ma soeur et moi formions le clan des "vieux", les jumeaux puis leurs enfants le clan des "jeunes".
Nous ne fréqentions pas beaucoup cette branche de la famille. Une carte postale pour les fêtes et quelques anniversaires... peu de choses.
Nos pères, "les vieux" étaient décédés depuis longtemps, Les deux oncles et leurs épouses étaient encore presque valide.
Ils avaient trois enfants pour l'un, deux pour l'autre.
Nous n'avions Madeleine et moi quasiment pas de contacts avec eux.
A 8h Madeleine frappe.
- Salut mon cousin, Prêt?
- Oui on y va.
Madeleine conduit très bien. Elle s'engage sur la vieille route qui mène vers nos montagnes.
- Je prends la vieille route, il y aura moins de monde et puis il y a des souvenirs sur ce parcours.
Quand nos parents nous amenaient pour les vacances, chez la Mamet et le Papet, il n y avait que cette route. La voie rapide a été créée plus tard.
- Finalement la route n'a pas trop changé.
- Qu'est ce que tu veux que les gens viennent s'installer ici?
Mauvais réseau téléphonique, distribution électrique très vieille, etc... Le long de la voie rapide chaque village a créé une zone artisanale avec tous les avantages.
- Je t'ai pas demandé où tu étais cette fois?
- En Afrique de l'ouest Je préfère pas en parler maintenant.
- D'accord Jaquitou. Mais je voudrais savoir. Tu aurais pu rester toute ta vie dans le même village à soigner les gens?
- Médecin de village toute la vie au même endroit. Impossible.
Tu le sais l'exil vient aux errants. J'ai la maladie.
Nous arrivions au pied des montagnes, la garrigue cédait la place à une végétation plus haute.
Nous voici à Saint Roman.
- Nous y voilà mon cousin. Que de souvenirs ici.
- Et oui toutes nos vacances jusqu'à l'âge de 15, 16 ans...
- Tiens regarde le fils de l'oncle Etienne. Comment il s'appelle encore?
-Tu dis bonjour. Tu va bien?
- Bonjour Madeleine, bonjour cousin. Triste matinée. Elle a quand même résisté la cousine Emilie.
- Oui de quoi est-elle décédée?
- Elle était faible et un virus l'a achevée.
Nous allons vers l'entrée de la maison, il y a des gens qui parlent à voix basses. Sans doute de peur de réveiller la défunte.
Ils s 'écartent pour nous laisser passer. Nous entrons dans la grande pièce qui servait de salle à manger l'hiver car il y avait une cheminée, de cuisine et de salle de repos lors des grandes chaleurs, elle restait fraîche en été. Madeleine et moi, nous y avions des tas de souvenirs heureux ici.
Ma cousine a poussé la porte de la cuisine. Elle était tout à fait à l'aise. Les autres ne la gênaient pas.
J ai préféré sortir et rester au soleil.
Madeleine m'a rejoint.
- Ben dis donc il y a des gens et je ne les connais pas.
Regarde cette femme en mini jupe noire avec des talons de 15 centimètres. Non mais....
Les cousins ramenaient les gens vers la porte d'entrée. Le pasteur a enfilé sa robe noire, son jabot blanc.
Nous nous sommes approchés
Il a commencé son sermon. Le discours habituel.
Après son laius, il a invité l'assistance à se rendre au caveau familial.
Souvenir des guerres de religions. Les protestants n'avaient pas le droit d'enterrer leurs morts dans les cimetières, alors ils les ont enterrés dans leurs propriétés.
Toute cette foule suit le cercueil porté par les cousins et d'autres jeunes.
Madeleine va s'assoir sur le banc de pierre.
Je la rejoins.
- Ils sont partis. Je vais chercher un verre de muscat.
Sur la table de la cuisine elle avait vu le muscat et du vin blanc, destiné au "pot de l amitié" après l'enterrement.
Elle me tend un verre de muscat.
- Dis Jaquitou tu te souviens de tout ce qui s'est passé ici?
- De tout je sais pas mais de beaucoup oui. Nous avions construit une piste d'atterrissage pour les vaisseaux spatiaux et les soucoupes volantes.
- Et toi tu voulais recevoir tous les cavaliers du monde de Géronimo à Gengis Khan.
-Tu oublies David Crockett.
Rire de ma cousine.....
- Nous avions une sacrée imagination quand même.
Je regrette d'avoir oublié les plantes que le Papet nous indiquait. Celle là, les enfants elle est bonne en tisane contre la bronchite.
Il savait des tas de choses et nous n'avons pas pris garde à conserver le souvenir, la connaissance.
Quand nous étions assis ici il y a plus de 50 ans, 60 peut -être nous n'imaginions pas la vie telle que nous l'avons vécue.
- La vie c'est ce qui t'arrive quand tu ne t'y attends pas.
Regarde moi. Mariée, à Jocelyn, deux enfants en deux ans et cet accident... Veuve.
Je vais pas me plaindre car j'ai rencontré Laurent qui vraiment à illuminé ma vie. Il s'est occupé des deux garçons, il a construit une famille... Bon, il y a deux ans la maladie.
- Je vais chercher à boire. Du muscat encore?
En fait, je redoute cette réunion de famille au cours de laquelle les "jeunes" vont expliquer pourquoi il faut vendre la maison. Je ne les connais pas bien, je me méfie d'eux.
- Madeleine tu sais je crains de vendre la maison.
- Hé! Jaquitou sois logique. Toi tu n'es jamais ou presque pas en métropole. Mes enfants sont grands mariés, ils vivent avec leur famille loin d'ici. L'un au Luxembourg, l'autre vers Bordeaux. Ils ne viennent que très rarement ici.
Les jeunes, ils te diront que c'est une vieille batisse qui date de.... Il faut l'entretenir, impossible a chauffer correctement en hiver, pas de confort etc.....etc....Bref ils ne veulent pas assumer les frais d'entretien, de réparation etc...
- Bref il nous faut vendre?
- Que tu es malin mon cousin.
- Alors les souvenirs aussi il faut les brader???
- Hé Oui! Remarque, tu ne venais pas souvent ici.
- C'est vrai. Mais d'être revenu pour l'enterrement de la cousine Emilie, de savoir qu'il n y a plus de vie dans cette maison et que nos souvenirs vont être oubliés. Je suis triste.
- La cousine Emilie tu l'a vue combien de fois?
- Ne m'embête pas. Regarde ces gens comme ils sont endimanchés. C'est bizarre, je vis dans des mondes différents qui ne se mêlent pas, qui ne se connaissent pas.
- Tu l'as choisis ta vie. Non?
- Tu crois vraiment que l'on choisit sa vie?
- Jaquitou fait son quart d'heure philo.
Les gens revenaient lentement vers la maison.
La cousine Emilie avait été rejoindre les autres membres de la famille.
Le cousin regroupait tout le monde vers la table dressée davant la maison. Des jeunes avaient posé des verres et des bouteilles. Ils servaient.
Le fils a Laurent à tapé sur son verre pour attirer l'attention
- Voilà nous sommes réunis. Je voudrais vous remercier d'être venus et de rester quelques instants de plus. Je souhaite vous entretenir de l'avenir de cette grande et merveilleuse bâtisse..
Madeleine se penche vers moi; -Viens on s'en va. De toute façon le notaire nous préviendra.
Nous avons quitté cette réunion de famille. Sans parler nous sommes entré dans l auto. Elle a démarré.
- J'espère que tous les vaisseaux spatiaux de l'univers et les soucoupes volantes, savent qu'ils ne faut plus compter sur la piste d'atterrissage qui est ici.
- Madeleine et tous les cavaliers ne trouveront plus de paille ici.
M.J